Trong Gia Nguyen

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In Perpetuity
09.09.22 - 12.11.22

In Perpetuity

La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach est fière de présenter In Perpetuity, la troisième exposition solo de Trong Gia Nguyen qu’elle accueille. Traitant de sujets comme les guerres incessantes, la misogynie persistante ou l’érosion des droits civiques, les œuvres rassemblées ici se concentrent sur la normalisation de la cruauté et les cycles ininterrompus de trahisons et de violences. L’exposition est encadrée par deux séries de peintures, l’une dépeignant une table ridiculement longue et l’autre une collection de bas reliefs, des « lignes anthropométriques » telles qu’on peut en voir dans les commissariats de police, dans les films ou les séries.

Pour Perpetual Painting (Peinture Perpétuelle), l’artiste a peint une très longue table composée en nature morte, utilisant des objets téléchargés de Google’s 3D warehouse, une communauté d’utilisateurs qui mettent en ligne des objets ou de l’architecture afin de composer une bibliothèque accessible à tous et utilisable avec des applications ou des imprimantes 3D. Nguyen a créé un ensemble de peintures modulaires de taille égale, qui représentent une seule table qui peut varier de longueur, avec la possibilité de s’étendre à l’infini. Elle rappelle les tables grotesques autour desquelles Vladimir Poutine reçoit ses interlocuteurs, l’homme fort étant assis à grande distance de ses subalternes. A l’exception des tableaux de gauche et de droite qui représentent chacun un bout de la table, tous les panneaux centraux peuvent être déplacés et réarrangés en différents agencements, formant à chaque fois de nouvelles compositions. L’artiste incorpore des objets ou modélisations obtenus grâce à des recherches via des mots clés simples comme « dictateur », « roman à l’eau de rose », « peinture kitsch » ou « chat qui dort ». En se réfugiant dans un monde digital plus fluide qui échappe aux limitations, Nguyen met en ligne ses derniers arrangements sculpturaux dans la bibliothèque 3D sous la forme d’un fichier unique, ce qui permet aux utilisateurs de les télécharger facilement et de les scruter sous tous les angles, les modifier, au-delà de l’arrêt sur image qui constitue la peinture visible dans le monde réel.

La seconde série, Les Diaboliques, prend son titre d’une série d’histoires courtes écrites en 1874 par Jules Barbey d’ Aurevilly. Chaque histoire met en scène une femme qui commet un acte de violence, de vengeance ou tout autre crime. Les peintures de Nguyen sont des représentations littérales de lignes anthropométriques, puisées de différentes sources comme des affiches de films (The Usual Suspects) ou une photographie de Weegee. Leur mesure de hauteur verticale est 100 % exacte et elles sont accrochées au mur à la bonne hauteur. Elles peuvent physiquement estimer le « quotient de culpabilité » de chaque spectateur. Il est important qu’elles soient toutes peintes exactement de la même couleur que le mur auquel elles sont accrochées, l’artiste jouant avec stratagème sur l’effacement et la dynamique du pouvoir, ce qui titille d’autant plus l’histoire et la provenance. Les lignes et les nombres sont extrudés des surfaces et restent visibles après chaque couche recouvrante, leur passé à jamais indélébile, même sous la peinture. Dans la galerie, les peintures sont aspergées de couleurs voyantes qui saignent sur et parfois sous la toile, dégoulinant en textes suggestifs destinés à fracasser la subtilité. Le populisme, nous dit l’artiste, n’est pas l’apanage de la classe ouvrière.

Parmi d’autres œuvres présentes, on trouvera Executive Orders (Décrets Présidentiels), une projection vidéo qui montre en boucle un électrocardiogramme qui imite la signature cartoonesque de Donald Trump. Le titre fait référence à la facilité avec laquelle le président signa des décrets ayant force de loi. En lieu et place du « bip » traditionnel, le cardio – autographe de Trump est ponctué d’enregistrements de coups de feu, faisant allusion à la rapidité d’action et l’abus mortel de pouvoir dont peut faire preuve un despote envers son peuple, d’un seul coup de stylo.

Pour poursuivre sur le thème des armes à feu, la galerie est parsemée de boîtes contenant des armes à feu imprimées en 3D et démontées, dont les notices de montage peuvent facilement être téléchargées depuis internet. Les boîtes sont fermées par du plexiglas dans lequel sont gravées des phrases telles que « In Case of Insecure Patriarchy » (en cas de patriarcat instable) ou « In Case of Spiritual Identity Theft » (en cas de vol d’identité spirituelle). Evoquant les « en cas d’urgence, brisez la glace », elles sont un appel aux armes impérieux contre la désinformation issue de la masculinité ou de l’apathie toxiques qui empêchent toute possibilité d’un monde plus équitable et plus sain. Si le mal, la violence et la cupidité ne sont que des normes sociétales, quelles mesures radicales envisager pour neutraliser une telle folie ?

Traduit par Laurent Willems

Espace Verrière



VUES DE L'EXPOSITION

SÉLECTION D'ŒUVRES EXPOSÉES