Au gré de ses "déplacements"

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Marthe Wéry
11.03.22 – 07.05.22

Présentée pour la première fois à La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach dans le corpus de l’exposition « Painting Belgium » en 2019, et à nouveau aux cimaises dans « Belgian Women » en 2020, Marthe Wéry (1930-2005) a désormais rejoint la liste des artistes représentés par la galerie.

A cette occasion, La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach a demandé à Pierre-­‐Olivier Rollin, spécialiste de l'œuvre de l’artiste belge, commissaire de la dernière exposition organisée de son vivant et de la grande rétrospective montée au BPS22 à Charleroi en 2017, de penser une grande exposition retraçant son atypique carrière, mettant l’accent sur des pans parfois moins connus de son travail.

Saluée unanimement comme une des grandes artistes minimalistes du 20ème siècle, Marthe Wéry a tracé son sillon avec détermination et rigueur, sans âpreté, parvenant à s’imposer dès les années 1970 comme une artiste femme de stature internationale.

Cette exposition constitue donc une large fresque de sa créativité, cherchant tant à surprendre qu’à instruire, mettant en valeur sa grande sensibilité et sa posture d’artiste philosophe.


Cette exposition, intitulée Au gré de ses “déplacements” , offre un riche parcours à travers une œuvre qui n’a cessé d’explorer avec acuité les composantes de la peinture.


Née à Bruxelles en 1930, Marthe Wéry est remarquée, dans les années 1960, pour ses gravures géométriques et obtient sa première exposition personnelle à la galerie Saint Laurent, à Bruxelles, en 1969. Au début des années 1970, elle opère ce qu’elle appellera plus tard l’un de ses « déplacements » qui marqueront tout son oeuvre : « Je préfère le terme de déplacement, expliquait-­‐elle, à celui d’évolution. Lorsque je parle de déplacements, ceux-­‐ci restent chargés de questions et de solutions rencontrées antérieurement. Je ne passe pas d’un ensemble de réalisations à un autre ensemble comme s’il s’agissait de périodes successives et clôturées ».

Ce déplacement est celui du renoncement à la peinture géométrique. Elle se tourne alors vers une forme de minimalisme, marqué par ses compositions grises faites de lignes denses tracées à la règle. Elle est alors remarquée sur la scène internationale et participe à l’exposition Fundamental Painting, au Stedelijk Museum, à Amsterdam, en 1974 ; puis à la Documenta 6, à Cassel, en Allemagne, où elle présente un grand ensemble d'œuvres sur papier. En 1982, elle est sélectionnée, avec Jörg Madlener, pour occuper le pavillon belge, lors de la Biennale de Venise. Cette participation est l’occasion d’un nouveau « déplacement » : son retour à la couleur, via des séries de grandes toiles oblongues recouvertes d’une succession de couches de peinture rouge. Le principal ensemble de cette série fait aujourd’hui partie des collections du Musée National d’Art Moderne Centre Pompidou.

Marthe Wéry poursuit la décennie en multipliant ses expérimentations sur les différentes composantes du tableau (support, forme, cadre, couleur), dans de grandes séries qui sont autant de nouveaux « déplacements » qui se plaisent à jouer avec les architectures qui les accueillent, notamment à la Biennale de Sao Paulo et au Musée d’art contemporain de Montréal. Au milieu des années 1990, elle opère un nouveau « déplacement » : elle crée à nouveau des tableaux autonomes qui ne s’inscrivent plus nécessairement dans des séries. Pour ce faire, elle développe de "nouvelles manières" de peindre : la couleur est versée sur les tableaux - posés dans des bacs - et est « dirigée » par l’inclinaison du panneau et/ou par un ventilateur qui accélère également le séchage. Un jeu incroyable de textures et de nuances chromatiques se forme à la surface du tableau. Marthe Wéry décède inopinément en 2005, alors qu’elle préparait plusieurs nouveaux projets.

L’exposition, entièrement construite sur base d’une centaine d'œuvres provenant de l’atelier ou issue de la collection familiale, se veut donc un cheminement à travers les grands « déplacements » qui jalonnent l'œuvre de l’artiste. Elle accorde l’attention aux oeuvres aux pièces plus anciennes, rarement montrées, comme aux travaux plus récents, à de grands ensembles, comme à des oeuvres plus intimes, en exploitant les potentialités architecturales exceptionnelles de La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach .


Espace Grande-Nef



VUES DE L'EXPOSITION

SÉLECTION D'ŒUVRES EXPOSÉES

Artworks © Vincent Everarts / Exhibition views © Regular Studio