João Freitas

Le travail de João Freitas est en lien avec la notion de trace, d’usure, de temps, traitant tels des écorchés les structures qui lui servent de support : papiers, cartons, tissus, papiers de verre, bois, etc..., l’intention de l’artiste étant de violenter doucement la matière pour lui faire dire, avouer quelque chose d’insaisissable, comme une planche d’anatomie dévoile les véritables structures et composantes d’un organisme.
Il y a chez Freitas une volonté de révéler, de soulever la matière, de lui donner un sens mystique par la révélation de ses arcanes et de ses mutations, comme le travail de l’alchimiste transmute les matières en éthers, vapeurs et autres essences.
João Freitas est de ces artistes qui apprennent de leur propre travail. Rien ne semble décidé au départ de ses dissections ; il trouve en cherchant, tel un archéologue qui dégage l’objet enfoui. En esthète apprenti, sensible et attentif, il cherche dans ces artefacts des combinatoires illimitées d’effets et de jeux, générant une infinie poésie qui n’exclut pas la violence. Et à ce titre, dans ce rapport tout à la fois brutal et suave à la matière, il arrive à nous faire entrer en résonance avec ces ineffables questions de temps, de tangible, de présence, devenant dans son creuset, une matière durable, touchante et immanente.
Que ce soit par l’usure, le ponçage ou le brûlage, le pli, le cousu, le froissé, il révèle la matière en la faisant accéder à une transcendance, via une chirurgie qui, sans la trahir, fait renaître le support dans une autre dimension. C’est le sens ineffable du travail de João. Telle une pellicule photographique, tel un sgraffite ou une ‘carte à gratter’, telle une pelure, il révèle le réel par un travail répétitif, quasi méditatif, d’enlèvement, de dépeçage, d’arrachage, de griffure, qui fait apparaître la réalité sous-jacente, dans une démarche proche du nouveau matiérisme, qui se saisit des questions de durabilité, de gratuit, de récupération et de réenchantement. Sa démonstration est celle d’un thaumaturge, d’un sorcier qui révèle la vraie nature du monde, le met à nu, pour en montrer l’indevinable constitution.
Extatique expérience que cette nouvelle compréhension du réel, face à ces tableaux de peaux brûlées, de membranes meurtries, de tissus suturés, ... qui donne à voir en vrai une souffrance appliquée à la nature inanimée des matières, qui par cette douleur apparente semblent prendre vie.
Nous parlons de l’autopsie d’un palimpseste comme métaphore à notre sens parfaite du travail de João : le palimpseste est un parchemin (fait de peau d’animal) qui a été gratté sur toute sa surface pour en faire disparaître une première écriture, afin d’y écrire un nouveau texte. C’est absolument de réécriture dont il est question dans l’oeuvre de l’artiste : par son geste, quel qu’il soit, il efface la première version de la matière ou du message, afin d’y inscrire une nouvelle réalité, de faire apparaître une deuxième version d’un même support. Et ce travail d’artiste, qui s’apparente à une autopsie de la mort, mort à la première version de la matière, est enrichie par le hasard du résultat, qui s’allie avec la volonté de l’artiste de donner à saisir une nouvelle formulation du monde.
C’est en ce sens que la transfiguration de l’oeuvre participe à cette autre lecture du réel, qui nous invite à trouver dans ses manifestations d’autres émotions, d’autres possibles, d’autres ravissements.

SELECTED WORKS