Agnès Thurnauer

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Studio As Performance
24.4.2015 > 26.6. 2015

Pour sa première exposition personnelle à Bruxelles, Agnès Thurnauer transpose son atelier parisien et le met littéralement en scène dans une vaste installation qui interroge le rôle et la fonction de cet espace originel et sa pertinence dans le contexte actuel. 

L’atelier, comme foyer d’expérimentations artistiques, a connu au cours de l’histoire de l’art de multiples identités, allant du « lieu de fabrication au laboratoire d’alchimiste, en passant par l’usine, le sanctuaire, le salon, le lieu de vie et l’espace de représentation sociale » (Michelle Grabner). 

La tradition sacralisée de l’atelier moderniste a été écartée par la pratique « post-studio » des années 1960-1970. À la dématérialisation de l’atelier a succédé la dématérialisation de l’objet d’art. Aujourd’hui, notre expérience du studio a pris un virage digital. « Très souvent, l’atelier en question se résume à un ordinateur, branché sur un réseau et relié à une quantité phénoménale d’autres ateliers » (Caitlin Jones). L’espace reclus s’est mué en espace hyper-connecté, et la figure de l’artiste est passée du mythique héros solitaire au créateur omniprésent des réseaux contemporains. 

Dans cette exposition, Agnès Thurnauer s’intéresse à l’historique de l’atelier et à ses diverses identités, en résonance avec l’une de ses particularités peu explorée jusqu’à présent : l’atelier comme espace performatif. Elle s’intéresse en premier lieu au studio comme lieu d’une dichotomie artiste/modèle, examinant ces deux entités que sont le corps créateur et le corps travailleur. Nourrie des interprétations féministes sur les relations de pouvoir entre l’auteur et le modèle au sein de l’atelier, Agnès Thurnauer les catalyse et examine les liens précoces entre peinture et performance. 

Une juxtaposition inédite de deux œuvres traitant de l’artiste dans l’atelier marque le cadre conceptuel de l’exposition Dans l’affiche de Suzanne Valadon (1927), celle-ci se représente en modèle nu en train de peindre. L’atelier devient ici le lieu de l’ambivalence entre les statuts d’artiste femme et de modèle, espace de travail – elle pose, elle peint – et de performance. Dans Semiotics of the Kitchen (1975), Martha Rosler performe dans sa propre cuisine, mettant en avant le clivage entre l’archétype de l’atelier masculin, « antre du génie » forcément non-domestique, et une vision féministe de celui-ci. La figure de l’atelier est, pour ces deux œuvres, un outil et un médium de réflexion sur la place du corps féminin dans cet espace canonique de l’art. 

Agnès Thurnauer explore cet héritage du corps comme élément actif et agissant dans l’atelier. Depuis 1998, elle utilise son atelier comme le lieu de gestes performatifs, captés par la photographie et souvent transposés en peinture. Sa pratique inédite, conjuguant peinture, performance, sculpture, collage, dessin et écriture est profondément infiltrée par ses recherches sur les récits canoniques de l’histoire de l’art ainsi que par les nouvelles perspectives générées par les études féministes, la psychanalyse et les gender studies. 

Les recherches qu’elle élabore dans sa pratique artistique sont issues de cette constatation de l’absence du corps dans les canons modernistes du 20ème siècle, renvoyant à cette figure centrale du corps caché, banni de l’art moderne « au point de ne pas être vu dans sa globalité avant les années 1960 » (Amelia Jones). Dans l’œuvre d’Agnès Thurnauer, ces recherches sont liées à l’avènement de la danse et à celui des performances féministes depuis les années 1960, pratiques qui ont largement irrigué son travail et marqué de leur présence son espace de création. 

 

ESPACE SOUS VERRIERE

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